
Les petits colis venus d’Asie arrivent moins nombreux en France, et le gouvernement y voit les premiers effets de la taxe européenne entrée en vigueur cet été. Du côté des marques de prêt-à-porter féminin, on se réjouit, mais sans crier victoire. Pour Yann Rivoallan, président de la Fédération française du prêt-à-porter féminin, interrogé par franceinfo le 29 octobre, « la guerre contre Shein n’est absolument pas gagnée ». Ce qui change pour vos commandes, et pour les marques que vous aimez.
Des envois en net recul depuis l’été
Les chiffres ont été présentés le 28 octobre au ministère de l’Économie, rapporte l’AFP reprise par Boursorama. Selon le gouvernement, les montants de TVA déclarés sur ces petits envois ont baissé de 48 % entre juin et août, un recul qui touche à la fois les volumes et la valeur. Les ventes en valeur seraient encore en baisse d’environ 25 % sur septembre.
La fréquentation des grandes plateformes depuis la France suit la même pente : en juillet, elle a reculé de 42 % pour Shein, de 36 % pour Temu et de 10 % pour AliExpress, toujours selon les données communiquées à l’AFP. Le ministre du Commerce, Serge Papin, s’est félicité de chiffres qui « envoient des messages forts, que notre action a des effets ».
Ce que prévoit la taxe européenne
Depuis le 1er juillet, les colis importés d’une valeur inférieure à 150 euros supportent une taxe de 3 euros par catégorie de produits, rappelle l’article de l’AFP. Une deuxième étape arrive dès le 1er novembre : des frais de traitement de 2 euros s’ajoutent sur ces mêmes colis, pour financer le renforcement des contrôles douaniers.
L’enjeu est massif. Près de 5,9 milliards de petits colis sont entrés dans l’Union européenne en 2025, soit plus de 180 par seconde, quatre fois plus qu’en 2022, et 93 % venaient de Chine, selon la même source. Un volume tel qu’un contrôle systématique reste impossible, ce qui laisse encore passer des produits dangereux ou contrefaits.
La lecture plus prudente des marques françaises
Une baisse, pas une victoire
Yann Rivoallan dit que la chute des envois « ne peut que [le] réjouir ». Mais il juge « trop rapide » le lien direct entre la taxe et ce recul. « Cela reste toujours des milliards » d’envois, insiste-t-il auprès de franceinfo.
Moins de publicité, plus de marges
Pour le représentant des marques de mode féminine, le repli de Shein tient surtout à d’autres facteurs. Il souligne que son chiffre d’affaires « a baissé dès le deuxième trimestre », et l’attribue à « une baisse d’investissements drastique des plateformes dans la publicité sur la majorité des canaux », ainsi qu’à la recherche d’« une meilleure conservation des marges ». Il signale aussi que Shein évite de payer l’intégralité de la taxe grâce à un entrepôt situé en Pologne.
Interdire la publicité à l’échelle européenne
Sa proposition : « pousser l’Europe à mettre en place la loi française », qui interdit la publicité de ces plateformes d’ultra fast-fashion, une méthode qui selon lui « se démontre efficace ». Côté gouvernement aussi, on reste mesuré : « nous avons encore du travail », reconnaît-on au gouvernement, selon l’AFP, en rappelant que « les opérateurs adaptent leur logistique et les enquêtes prennent du temps ».
Ce que cela change pour votre garde-robe
Concrètement, une commande de quelques pièces à bas prix venue d’une plateforme asiatique coûte désormais un peu plus cher, et le surcoût augmentera encore avec les frais de traitement de novembre. L’écart de prix avec une petite marque française ou européenne se resserre donc, même s’il reste important sur les basiques.
C’est peut-être l’occasion de revoir sa façon d’acheter. Une jupe ou un pull bien coupé, dans une matière qui tient au lavage, revient souvent moins cher à l’usage que trois pièces qui se déforment en une saison. Les dépôts-ventes, les plateformes de seconde main et les ventes privées des marques françaises permettent aussi de s’habiller à petit prix sans alimenter le flux des petits colis.
Avant de valider un panier, quelques réflexes aident : lire la composition, regarder le pays de fabrication, vérifier les conditions de retour (souvent payantes et longues sur les plateformes lointaines), et se demander si la pièce s’associe avec au moins trois tenues déjà dans le placard.
Une bataille qui se joue aussi à Bruxelles
La taxe sur les petits colis n’est qu’un étage de la riposte. La France fait partie des pays qui ont poussé l’Union européenne à agir, et les fédérations professionnelles réclament désormais d’aller plus loin. Pour les créatrices et les enseignes de prêt-à-porter féminin, qui ont vu les plateformes rafler une partie de leur clientèle ces dernières années, la tendance de l’été est encourageante. Elle reste à confirmer sur la saison des fêtes, période où les paniers en ligne se remplissent le plus vite.
