
Après des saisons entières passées à vanter la discrétion du « quiet luxury », la mode change brutalement de décor. Cet hiver, la tendance qui monte s’appelle l’opéra dressing : s’habiller comme si l’on sortait d’une loge de théâtre, même pour aller chercher le pain. Velours profond, brocart, satin brodé, cols en fausse fourrure et bijoux spectaculaires quittent les soirées de gala pour s’inviter dans le vestiaire de tous les jours. Un vent de théâtralité qui souffle des podiums jusqu’à la rue.
D’où vient cette envie de drame ?
Le phénomène a été baptisé et décortiqué par la presse mode anglo-saxonne. Dans une longue enquête, Who What Wear le présente comme la tendance appelée à remplacer le quiet luxury cet hiver, photos de célébrités à l’appui : Elsa Hosk faisant ses courses à Los Angeles dans un manteau de soie vintage des années 1940, ou Kate Moss traversant Paris dans une robe demi-couture de Conner Ives taillée dans un satin de chinoiserie récupéré sur des tapisseries du XVIIIe siècle.
Olivia Koennecke, fondatrice de la marque Maison Essentiele, y voit « un vrai basculement vers une manière de s’habiller plus expressive ». Après des années de minimalisme, explique-t-elle, « il y a un appétit renouvelé pour le romantisme, le glamour, la texture et une pointe de théâtralité ». Le plus intéressant, selon elle : il ne s’agit pas de s’habiller de façon formelle, mais d’incorporer des éléments de tenue de soirée dans la garde-robe quotidienne, et de porter une pièce opulente « d’une manière complètement décontractée, presque négligée ».
Les pièces qui font la tendance
La pièce maîtresse, c’est le manteau d’opéra : volumes généreux, velours ou brocart, souvent rehaussé d’un col en fourrure synthétique. Ralph Lauren l’a décliné en version patinée, comme une merveille dénichée dans l’armoire d’une grand-mère ; Celine a défilé avec un manteau crème doré brodé de fleurs ; la collection de fêtes de Doên mise sur les soies aux tons joyaux, la dentelle ouvragée et les finitions scintillantes. À Londres, Rixo et Hayley Menzies proposent leurs robes-manteaux bordées de fourrure ou brodées de fleurs.
Autour du manteau gravitent les accessoires qui signent le look : ceinture façon cummerbund empruntée au smoking, minaudière brodée de perles, châle à franges, et surtout les bijoux XXL — parures baroques, manchettes d’argent imposantes, pendentifs sculpturaux. Comme le résume Ohmymag, qui consacre un article à la tendance ce 2 novembre, l’exubérance autrefois réservée aux soirs de gala s’ancre désormais « dans les exigences du quotidien ».
Comment l’adopter sans costume de scène
Le conseil des stylistes est unanime : tout miser sur une seule pièce forte. « Concentrez-vous sur une belle pièce statement et construisez le reste de la tenue autour », recommande Olivia Koennecke, qui cite en exemple une veste en fourrure vintage portée avec un jean, un caraco en dentelle glissé sous un tailleur oversize, ou des détails de matière comme les franges, les perles et le jacquard.
C’est exactement ce que montrent les images de street style : les robes de velours se portent avec des bottines, les manteaux de brocart avec un denim brut. La sélection de Who What Wear illustre d’ailleurs que la tendance n’est pas réservée au luxe : on y croise aussi bien un manteau de velours Zara à brandebourgs autour de 90 livres qu’un manteau de satin Hayley Menzies à près de 590 livres. Entre les deux, les friperies et le vintage restent le terrain de chasse idéal pour dénicher une pièce d’apparat à petit prix.
Un retour en grâce de l’opéra lui-même
Fait amusant, cette mode s’accompagne d’un regain d’intérêt pour les salles elles-mêmes. Who What Wear rappelle que, selon l’institut NORC de l’université de Chicago, 72 à 88 % du public traditionnel de l’opéra a plus de 55 ans — ce qui n’empêche pas une génération plus jeune de s’approprier les codes vestimentaires du grand soir. Chanel est mécène de l’Opéra de Paris pour la troisième année consécutive et dessine des costumes de scène, tandis qu’à New York, l’ouverture de saison du City Ballet a attiré Sarah Jessica Parker en robe Simone Rocha inspirée du tutu, Olivia Rodrigo en Chloé vintage ou encore Dua Lipa au Met.
La leçon de cette tendance dépasse la saison : les pièces d’exception, anciennes ou neuves, ne demandent qu’à sortir du placard. Un manteau somptueux porté un mardi matin fait plus d’effet que le même manteau attendant une occasion qui ne vient jamais. Cet hiver, la mode donne officiellement la permission d’en faire trop.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que l’opéra dressing exactement ?
C’est le fait d’intégrer des pièces de grand soir — manteau d’opéra en velours ou brocart, satin brodé, bijoux spectaculaires, minaudières — dans des tenues de tous les jours, portées avec un jean ou des basiques pour casser le côté costume.
Faut-il un gros budget pour suivre cette tendance ?
Non. La sélection de Who What Wear va d’un manteau de velours Zara autour de 90 livres à des pièces de créateurs à plusieurs centaines de livres, et le vintage comme la seconde main regorgent de pièces d’apparat abordables.
Quels bijoux porter avec l’opéra dressing ?
Des pièces affirmées : parures baroques, manchettes d’argent, pendentifs sculpturaux, boucles imposantes. La règle reste de concentrer l’effet sur un seul bijou fort et de garder le reste de la tenue sobre.
